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Jusqu'à l'âge de 19 ans, je n'aimais pas vraiment lire.
Par fainéantise, par moins d'intérêt que pour d'autres activités, par manque de conseils, par toutes ces mauvaises raisons qu'on peut imaginer.
Puis un jour, un copain, pendant que nous cherchions des livres d'art chez un bouquiniste, m'a tendu un roman défraichit en me disant "tiens, tu connais ?". Suite à ma réponse négative, il me conseilla d'essayer. "Ça devrait te plaire." ajouta-t'il.
En cela il se trompait. Ce livre ne ferait pas que me plaire, il allait changer ma vie.

C'était un livre de Howard Phillips Lovecraft.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est, de l'avis général un des auteurs majeurs du XXe siècle. Il a profondément influencé la littérature fantastique. Je ne peux que leur en conseiller la lecture.
Le rythme des histoires, souvent courtes, est lent. Lent comme l'agonie de l'humanité, comme la sueur lorsqu'elle coule sur le front des héros, lente comme la bave qui coule sur le menton des personnages lorsqu'ils sombrent dans la folie. L'horreur à le temps de s'insinuer entre les pages, de suinter des lignes d'encre sombres. Ces protagonistes, simples humains, y sont perdus, confrontés à des dieux cosmiques, à des créatures cachées dans les tréfonds du monde, où dissimulés dans les plis de l'histoire et du temps.
Rythme très particulier que je retrouve dans les films fantastiques japonais, qui ont, eux aussi, l'art d'instiller l'angoisse, lentement, comme un esprit que l'on ne verrait que du coin de l'œil…

Des écrits interdits, et du plaisir de lire…

Mais revenons, si vous le voulez bien, à ma découverte des œuvres de Lovecraft.
De ce que je me souviens -c'était il y a une génération- ce premier roman était "L'affaire Charles Dexter Ward". Une sombre histoire de possession familiale…

Mais les histoires qui me marquèrent le plus sont, sans conteste, "La couleur tombée du ciel" (lu lors de mes années d'étudiant graphiste, donc forcément une histoire basé sur une couleur extraterrestre ne pouvez que m'interpeller…) et pelle-mêle "Le monstre sur le seuil" l'un, sinon le meilleur incipit que je connaisse, "Le sceau de R'lyeh", ou "Par delà le mur de Sommeil".
Mais je garde un souvenir particulièrement tenace de "Le rôdeur devant le seuil" (qui est en fait une collaboration avec August Derleth) et notamment de son vitrail…
Cette histoire, plus longue que la moyenne des nouvelles de Lovecraft, fait résonner des noms comme Yogge-sothothe  ou Yog-Sothoth, suivant l'orthographe prétendument utilisée selon l'époque, Sub-niggurath ou Nyarlathotep.

De belles adaptations et d'autres

Concernant les adaptations, L'affaire Charles dexter Ward servit de trame à des œuvres comme le film "La malédiction d'Arkham" (The Haunted Palace) réalisé par Roger Corman et sorti en 1963, avec dans le rôle principale, l'irremplaçable Vincent Price. Où la bande dessinée en 5 tomes (sortie depuis en intégrale) , "L'ile des Morts" de Guillaume Sorel et Thomas Mosdi, aux éditions Vent d'Ouest. Mais les adaptations de cette qualité ne sont pas les seules. Alberto Breccia, par exemple, a signé une excellente adaptation en bande dessinée, de neufs nouvelles regroupées sous le titre "Les mythes de Cthulhu". Et traduire le mythe en image est une réelle gageure…

Méfiez-vous cependant, si vous découvrez l'univers de Lovecraft aux travers des adaptations. Vous risquez de vous retrouver face à une créature bien plus dangeureuse que celles décrites dans les nouvelles… Je veux parler du fabricant sans talent, du vendeur sans imagination, du marketeu bas-du-front qui estampile un produit "Cthulhu" ou "Lovecraft" pour lui donner une chance d'être vendu (pas apprécié, juste vendu…).
Pour ceux-là j'aimerais être clair, ils souillent de leurs productions le genre fantastique. Ils affichent le mépris de leur clientèlle en osant réclamer une quelconque référence au mythe. Ils sont décevants, ignares, iconoclastes… en un mot : haïssables.

Des dieux pour maîtres

Toutes ces entités indescriptibles, tapies dans les espaces ténus qui séparent le rêve de la folie et qui jalonnent les écrits de Lovecraft (et de bien d'autres auteurs de fantastique qui s'y réfèrent), nourrissent les cauchemards des malheureux héros et l'imaginaire du lecteur.
Car il faut bien le reconnaitre, l'une des forces de l'œuvre de Lovecraft c'est d'avoir posée un pandémonium encore utilisé, et utilisable pour encore longtemps, par de nombreux créateurs du genre (et trop rarement, d'un niveau) fantastique, et ce quelque soit le média qu'ils souhaitent offrir en support aux Grands Anciens, Dieux extérieurs et à leurs Serviteurs.
Et pour ceux qui connaissent, et qui, comme moi, apprécient les œuvres du Maître de Providence, je n'ajouterai qu'une chose.
Ph'nglui Mgln'nafh Cthulhu
R'lyeh Wgah'nagl fhtagn

A bientôt
Bruno